Actions et lutte contre les exclusions

Archives de mai, 2016

Un territoire « zéro chômeur de longue durée en Sambre -Avesnois » ?

France-Monde LA VOIX DU NORD
Des minimas sociaux au CDI : la métropole lilloise candidate pour des territoires «zéro chômeur»
Publié le 09/05/2016
ANNE-SOPHIE HACHE

Si la solution au chômage de longue durée venait de la société civile ?

L’association ATD Quart monde expérimente sur quatre territoires un projet pilote pour éradiquer le chômage de longue durée sans surcoût pour l’État. La métropole lilloise est volontaire.

20160509VDN

C’est quoi l’idée ?

C’est d’utiliser l’argent public que coûte un chômeur de longue durée, c’est-à-dire, au chômage depuis au moins un an, pour lui financer un emploi en CDI.
L’« emploi aidé », puisque c’en est une forme, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est de partir des chômeurs, pas des emplois. L’association ATD Quart monde, à l’origine du projet « Territoires zéro chômeur de longue durée », défend l’idée que « s’il n’y a pas d’emplois, ce n’est pas le travail qui manque », des travaux utiles à la société mais non réalisés parce que pas assez rentables pour des entreprises classiques.
ATD propose d’employer en CDI, dans des entreprises solidaires existantes ou à créer, des chômeurs longue durée, selon leurs compétences, pour réaliser ces travaux. Comme ces emplois ne sont pas « rentables », les entreprises solidaires seraient subventionnées grâce aux fonds avant utilisés pour verser des allocations et aides aux chômeurs.
On parle de quels boulots ?
Si on prend l’exemple de Pipriac et Saint-Ganton, deux communes d’Ille-et-Vilaine où le projet est expérimenté, du travail a été identifié dans quatre domaines principalement : les services à la personne (de l’aide aux devoirs aux travaux de jardinage, du ramassage des légumes à l’accompagnement de personnes handicapées ou âgées…), dans l’aménagement et l’entretien (des sentiers de randonnée, des squares, de la signalétique, du fleurissement…), les services aux collectivités, associations (surveiller la cantine, l’entretien des locaux publics etc.), dans l’animation culturelle ou sportive (bibliothèque, animations autour du patrimoine…).
Des petits boulots ? « Contrairement à ce qu’on peut penser, faire du ménage chez une personne âgée, ça s’apprend », illustre Patrick Valentin, responsable du projet chez ATD. Il ne s’agit pas de trouver des petits jobs bouche-trous pour occuper les gens mais de professionnaliser des travaux qui, aujourd’hui, ne le sont pas forcément et du même coup, de les valoriser. La formation des chômeurs fait partie intégrante du projet. C’est aussi pour cette raison que la première étape est d’identifier les savoir-faire des gens, leurs envies, les formations possibles, puis de recenser les travaux utiles pour faire correspondre les deux.

Pourquoi ce n’est pas simple

Les emplois créés ne doivent pas concurrencer des emplois « classiques » et risquer de les limiter, voire de les détruire. Ils doivent donc concerner un travail qui n’intéressera pas une société, un artisan… parce qu’ils ne gagneraient pas d’argent à le faire. Et comme le marché du travail évolue en permanence, il faudra contrôler en permanence.
La réussite du projet tient donc à de bons rapports avec les artisans, les entrepreneurs du coin…
Elle dépend aussi bien sûr des élus locaux. Sans parler d’un gros travail de bénévolat, démarrer le projet demande un investissement financier initial (ne serait-ce qu’embaucher un chef de projet à temps plein) qui ne sera pas financé par l’État.
Il faut donc que la commune ou la communauté de communes, le département ou la région y croit suffisamment pour mettre la main à la poche au moins pour lancer le projet, créer l’entreprise solidaire… Bref, il faut convaincre tout le monde.
Transférer le coût global d’un chômeur (aides directes, indirectes, coûts induits) en une subvention unique n’est pas non plus simple : toutes ces aides viennent de lignes budgétaires, de ministères, de niveaux (État, département…) différents.
Il faut aussi chiffrer ce coût, ATD l’a estimé (15 000 € par an, par chômeur) mais l’État suivra-t-il ? Les discussions sont toujours en cours.

Où est-ce expérimenté ?

En janvier dernier, les sénateurs ont voté la proposition de loi (portée par le député Laurent Grandguillaume) autorisant l’expérimentation sur dix territoires. Aux communes ou communauté de communes de se porter candidates pour en faire partie, le ministère du Travail les sélectionnera.
Quatre territoires candidats ont déjà débuté l’expérimentation et bien avancé : la communauté de communes du pays de Colombey et du Sud toulois (11 500 habitants) en est à la première phase, la rencontre avec les chômeurs pour définir leurs compétences, leurs envies… Pipriac (3 600 habitants) et Saint- Ganton (450 habitants), deux communes d’Ille-et-Vilaine en sont à l’étape suivante : ils recensent les travaux utiles. Même chose dans les Deux-Sèvres pour Le Grand Mauléon (9 000 habitants).
La communauté de communes Entre Nièvre et forêts (4 569 habitants), plus avancée encore, est en train d’élaborer le business plan de l’entreprise solidaire qui sera créée.

Margaux Gilquin, depuis huit ans sans CDI

Vous aurez du mal à retenir vos larmes : dans Le Dernier Salaire, Margaux Gilquin raconte le combat quotidien qu’elle, chômeur de longue durée, livre pour trouver du travail, depuis son licenciement après que l’entreprise où elle travaillait a été rachetée. Elle avait 48 ans à l’époque, elle en a 56 aujourd’hui, toujours pas de travail.
Pourtant Dieu sait qu’elle se bat avec une volonté de tous les diables. Voilà une femme qui a passé son bac à plus de 30 ans, un BTS, est devenue bilingue en anglais et une secrétaire de direction expérimentée quand le ciel lui est tombé sur la tête.
Ce qu’elle a fait pour trouver du travail, on s’avoue, honteux, qu’on n’aurait sans doute pas eu son courage : aller à l’aéroport de Roissy distribuer son CV à des hommes d’affaires au costume soigné, en partance pour New York, sous des regards au mieux surpris, au pire méprisants.
Margaux Gilquin ne nous raconte pas qu’une recherche d’emploi, elle dit tout ce qui l’entoure : les montagnes russes de l’espoir au désespoir, faire bonne figure devant des offres fantaisistes, devant une jeune recruteuse qui l’appelle « mamie », la gronde comme un enfant ou quand on lui balance qu’après 50 ans, le CDI c’est fini.
On finit par se demander ce qui est le pire à supporter : l’absence de boulot ou de bienveillance, l’abandon, la peur « rampante, sourde, qui glace le sang » tout au long de ces années, de finir dans la rue, sous un carton. Ce jour-là n’arrivera pas, elle préférera « disparaître dans la montagne ». Avec élégance. Mieux encore, elle va décrocher un CDI, elle se bat encore.

 

INFORMATIONS GENERALES
09/05/2016

dans la région, les initiatives fleurissent

Avec un taux de chômage pas loin de 13 % (et des pointes à 16 % dans le Calaisis, en Thiérache ou dans la région de Lens-Hénin), la région ne pouvait pas rester indifférente à un projet qui promet des territoires « zéro chômeur de longue durée ». Les initiatives ont fleuri.

Du côté de Lens, Liévin, on en est à la troisième réunion à l’initiative de l’association Droit au travail, elle est organisée le 24 mai où sont notamment conviés les élus de Lens, Liévin, Loos-en-Gohelle.
En Sambre-Avesnois, après une première réunion fin février, l’association Le Lien en prévoit une nouvelle pour qu’une structure plus costaude que la leur porte le projet.
C’est beaucoup plus avancé dans le Boulonnais ou dans la métropole lilloise où les élus se sont mobilisés.
Dans le Boulonnais, ATD Quart Monde et les associations de solidarité qui portent le projet ont reçu l’adhésion des élus de la ville de Boulogne-sur-Mer et de la CAB (communauté d’agglomération du Boulonnais), partie prenante d’un comité de pilotage et soutien politique indispensable pour que le projet aille plus loin.
Même chose dans la métropole lilloise, où la MEL (la communauté d’agglomérations de Lille, 45 000 demandeurs d’emploi de longue durée) aimerait faire partie de la première vague des dix territoires d’expérimentation, elle a dores et déjà candidaté. « Nous sommes dans les starting-blocks », s’enthousiasme Christiane Bouchart, élue à la MEL.
Publicités

Lundi 9 mai 18h30 à Louvroil : Pourquoi une régie publique de l’eau ?

C’est la dernière ligne droite avant le vote du conseil communautaire de mai sur le mode de gestion de la distribution d’eau.

Venez vous faire votre propre opinion sur l’intérêt d’une gestion publique de l’eau.

flyer_debat_eau_

Nuage de Tags