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Archives de août, 2015

En passant

Elle sont Roms et apprennent le français … Un article de La Voix Du Nord

VDN Monica et LarisaVDN Monica et Larisa 2Monica (à gauche), 16ans, suit les consignes données par Jonathan (en haut à droite) et trace des lettres, pendant que Larisa (en bas, à droite) résout une addition.

Parler français, un premier pas vers l’intégration pour Monica et Larisa
Faire tomber la barrière de la langue, et apprendre celle de Molière. Tous les mardis, des jeunes Roms viennent suivre les cours de français donnés à Maubeuge par Jonathan et Sylviane, bénévoles.
Hier, Monica et Larisa ont planché sur les additions et les syllabes. Savoir lire, écrire, et compter. Pour avancer.«Monica, on va revoir les lettres aujourd’hui. Larisa, toi, tu vas travailler les additions, d’accord?» Le ton est doux, prévenant, pédagogue. Depuis deux mois, Sylviane et son fils Jonathan, prof contractuel de français et d’histoire-géo, viennent de Quiévelon tous les mardis matins dans les locaux maubeugeois de la Mission ouvrière, pour enseigner aux jeunes Roms volontaires les bases de la langue française. «D’une semaine à l’autre, on ne sait pas qui sera là reconnaissent les bénévoles. D’une semaine à l’autre, les filles peuvent avoir quitté la Sambre.
D’une semaine à l’autre, la famille des adolescentes peut être expulsée du squat dans lequel elle a trouvé refuge, faute de mieux. Pas d’eau, pas d’électricité, pas de meubles. Mais «la soif d’apprendre», l’envie de s’intégrer.
«Elles n’ont rien, et pourtant, elles restent joyeuses.»
Larisa, 9 ans, a déjà fréquenté les bancs de l’école. Elle comprend le français, le parle, joue volontiers les interprètes. Pour Monica, 16 ans, c’est un peu plus laborieux. «Certains partent de zéro, n’étaient même pas scolarisés en Roumanie. Il faut leur montrer comment tracer les lettres», précise Jonathan. Lui leur enseigne la méthode syllabique, et nourrit l’espoir qu’à terme, ses deux élèves puissent «faire des démarches, se présenter, poser des questions, s’exprimer couramment. Là, c’est vraiment les bases». Le niveau CP. Les exos au tableau, mais pas à la maison.«On ne peut pas leur donner de devoirs à faire, vu les conditions dans lesquelles elles vivent. Il y a aussi la promiscuité », déplore Sylviane, consciente des difficultés de ces populations et parfois découragée de les voir partir, du jour au lendemain. « Il faut regarder l’être humain, ne pas être influencé par les discours négatifs. Qu’est-ce qu’on deviendrait, si on était obligés de fuir notre pays, comme eux ? On le ferait. On ne peut pas ne pas être touchés, on a envie de les aider.»
Au départ, ils étaient sept, à suivre les cours d’alphabétisation. «On a un groupe régulier de quatre.» Hier, elles n’étaient que deux. Ils venaient plus régulièrement, il y a quelque temps, c’est vrai, reconnaît Michèle Courcier, de l’association ATD Quart-Monde. Maintenant, c’est compliqué. Ils sont davantage dans la survie.» Jonathan veut y croire. «Tant qu’il y aura quelqu’un, on continuera à venir donner les cours.» La rentrée scolaire approchant, l’enseignant s’est arrangé pour se libérer deux heures, tous les mardis. Un peu maigre, il le sait. «Il faudrait pouvoir les voir tous les jours, pendant 1 h 30, 2 heures.» Larisa s’échine sur un problème de maths. Monica, elle, s’applique à écrire «tata» sur le tableau blanc. La fin du cours approche. «À bientôt !», lancent-elles en chœur. Jonathan et Sylviane espèrent les revoir, mardi prochain. Mais ils n’en ont hélas pas la certitude.
MAUBEUGE.
12/08/2015
PAR MARIE DELATTRE
maubeuge@lavoixdunord.fr

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