Actions et lutte contre les exclusions

Archives de décembre, 2014

A voir pour mieux comprendre l’illettrisme

A voir en Replay sur France 2 l’émission « 21 jours » du 16 décembre sur l’illettrisme.

http://www.france2.fr/emissions/infrarouge

Elle se déroule à Aulnoyes Aymeries au sein de l’association « Mots et merveilles ». On découvre le remarquable travail des apprenants et des bénévoles.

Je trouve que tout y est très juste.  Les racines profondes de l’illettrisme sont abordées.

Juste un bémol, pour moi la moitié du travail est fait lorsqu’une personne pousse les portes de l’association même si, on le voit bien, le chemin est encore long ensuite. Il serait intéressant de mieux comprendre comment les apprenants en viennent à franchir cette porte.

Michèle C.

 

« L’aide alimentaire, ça nous bouffe … »

« L’aide alimentaire, ça nous bouffe… »
(Intervention de René Locqueneux à l’Ecole Européenne Supérieure en Travail social).

Le 22 et 23 octobre 2014 je suis intervenu à la semaine européenne de l’École Européenne Supérieure en Travail Social.
Depuis plusieurs années en partenariat avec cette école à Maubeuge, je rencontre des éducateurs en première année. Je leur explique ce qu’est le Mouvement ATD Quart Monde et je leur parle des différentes actions du groupe local de Sambre-avesnois.
Le 22 octobre dans l’amphi (devant les étudiants en deuxième année) je suis intervenu sur: » l’acte alimentaire dans le travail social; connaissances, représentations et pratiques ». Pour cette intervention j’ai repris des éléments d’une intervention de Marie-Cécile Renoux représentante d’ATD Quart Monde auprès des Institutions Européennes.

Faim, alimentation en Europe : qui est concerné ?
43 millions d’Européens sont trop pauvres pour se nourrir dignement. Les réactions d’indignation ont été nombreuses à l’annonce de la réduction de l’enveloppe destinée à l’aide alimentaire aux plus démunis, réactions compréhensibles car ce soutien est essentiel pour au moins 18 millions de personnes.
De quel scandale faut-il parler?
Cette menace sur l’aide alimentaire a suscité des vagues de protestations. Mais qu’est-ce qui doit d’abord nous indigner ? Le scandale n’est-il pas que de plus en plus de  personnes n’arrivent pas à joindre les deux bouts, et sont condamnées à vivre dans des conditions très précaires ou misérables.
– En Europe 12% de la population ont recours à cette aide alimentaire faute de pourvoir s’alimenter par leurs propres moyens.
La Fédération Européenne des Banques Alimentaires qui coordonne ces distributions représente: 256 Banques Alimentaires dans 21 pays. Elle perçoit un financement de 3,5 milliards € de fonds européens pour la période de 2014 à 2020, suite à un accord entre le Parlement Européen et la Commission européenne.
En 2013, 402 000 tonnes de denrées ont été distribuées, équivalant à 804 millions de repas pour 5,7 millions de personnes, en partenariat avec 31000 associations et centres sociaux.
– Pour la France, en 2012, cela représentait 99 940 tonnes de produits alimentaires
– A Maubeuge, le nombre de bénéficiaires en 2013 est : Resto du Cœur : 1500 repas par semaine (plus 40 bébés) ; Croix Rouge : 100 familles 390 personnes; CCAS : 228 personnes, etc. (plus d’autres associations qui distribuent cette aide alimentaire).

Comment réagir face à ce scandale?
Ces aides sont des réponses à court terme. En se focalisant sur l’aide matérielle, on considère la pauvreté comme une question monétaire, et non pas comme une question d’exclusion et donc d’inclusion. Or l’extrême pauvreté est une réalité multidimensionnelle. Cette approche multidimensionnelle et les politiques pour faire face à cette situation ont été élaborées par les principes directeurs sur l’extrême pauvreté et les Droits de l’homme adoptés par le Conseil des Droits de l’Homme et l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Et si l’on changeait de regard sur les personnes pauvres ?
Tous ceux et celles qui sont contraints pour survivre de solliciter ces aides alimentaires parlent de la dépendance et de la honte qu’elle génère. Honte et les humiliations sont souvent source de violence. Le mépris crée la violence.
Il est urgent de changer de regard sur les personnes pauvres. Ces mesures stigmatisent les plus pauvres car elles relèvent plus de l’assistance que de la solidarité. L’octroi de ces fonds envoie une image négative des personnes très pauvres : uniquement vues comme des personnes à assister.
Alors, quelles autres réponses ?
On le dit: c’est un mal inévitable. Faux : c’est évitable. Il existe des alternatives. Mais qui demande à la société de repenser les questions de redistribution et de meilleure gestion des ressources de la planète ? Il faut un choix politique pour le bien commun. Le prix que les pauvres doivent payer pour ce qu’ils reçoivent est trop élevé car il ne permet pas de construire autre chose que la honte, le contrôle et la dépendance. Il faut surtout d’autres ambitions, une autre volonté politique.
Lesquelles ?
Trop souvent les politiques font « pour » les pauvres « sans » les pauvres. La question la plus profonde est celle du pouvoir politique à partager. Les pauvres sont inventifs et ont un savoir qu’ils tirent de leur vie, de leur expérience dans la pauvreté. Leur savoir doit permettre que la situation s’améliore pour d’autres. Mais ces solutions les gouvernements les ignorent. Comment partager le pouvoir sur la détermination des solutions ?
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Témoignages de deux personnes du groupe local ATD Sambre Avesnois :
Nicolas dit :
«La banque alimentaire, les restos du cœur et toutes les associations de distribution de denrées sont une chance. Cependant on peut avoir des difficultés pour s’y rendre. Beaucoup de personnes peuvent ressentir de la gêne voir du déshonneur en y allant. Il ne faut tout de même pas se méprendre; que ce passerait-il pour toutes ces personnes si ces associations n’existaient pas ?
« Moi je vais au resto du cœur pour la 3ème année, une fois de plus cela va m’aider à me nourrir.
« Mon RSA est de 448€. Après le décompte de mes charges mon reste à vivre est de 186€. »

Béatrice dit:

« Quand j’ai tout déduit mes charges de mon RSA, le 10 c’est la fin du mois, je suis obligée d’aller à OZANAM, moi je n’ose pas y aller c’est mon fils qui le fait. »

 Dans le journal Feuille de route, on peut lire l’article :«On va où maman ?»
« Arrivés au milieu du mois, mon mari et moi on ne prend qu’un repas par jour pour que les enfants mangent régulièrement. »
« On peut devenir dépendant des Restos du cœur. »
« D’être obligé de montrer sa pauvreté, c’est une horreur. Tu affiches ta pauvreté. »
«L’institutrice de mon fils servait des colis et m’a reconnue. Ce jour-là, j’aurais préféré qu’un camion me rentre dedans. Je suis sortie de là en vrac. Elle imaginait que je pouvais être pauvre, mais entre imaginer et avoir la personne en face dans cette situation de pauvreté, c’est différent»
« Je ne veux pas que mes enfants me voient demander. Je veux qu’ils voient une mère active, débrouillarde, qui leur fait à manger tous les jours. Quand on allait au Secours Populaire, les enfants demandaient : « On va où maman? » Je leur répondais : « On va voir les mamies ». C’étaient les bénévoles qui distribuaient les repas. Mais j’avais la honte. Je ne voulais pas que mes enfants deviennent comme ça plus tard. »
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«Distribuer n’est pas agir contre la pauvreté…»
Les aides d’urgence se multiplient. Peut-on se passer de cette « assistance à personne en danger » ?
Non. Ce geste est éminemment humain et citoyen. De nombreux citoyens offrent un hébergement temporaire à des parents, des voisins. Mais on intervient en urgence de manière d’autant plus efficace et pertinente qu’on se connaît auparavant, qu’on a une relation durable. C’est vrai au niveau personnel comme au niveau de la collectivité, de l’État. Le grand danger, c’est que la relation en urgence remplace la relation tout court, c’est que les mesures d’urgence remplacent la politique tout court.
Quelles questions cela soulève-t-il ?
Si la seule politique de santé se réduisait au service des urgences à l’hôpital, cela serait catastrophique pour la santé publique. Traiter l’urgence est nécessaire, mais masque les questions plus difficiles et plus engageantes du partage et du droit de tous. Traiter l’urgence devient une manière de s’organiser pour ne pas vivre ensemble.
Comment cela remet-il en question les politiques sociales de l’État ?
Quand, au moment de la crise, le gouvernement consolide les banques alimentaires (1) au lieu d’augmenter les minima sociaux (2), c’est le signe qu’il se sert du caritatif comme d’un véritable dispositif nécessaire à la vie des gens. Nous sommes pris dans l’humanitaire d’urgence avec ses campagnes médiatiques émotionnelles. On peut comprendre que des situations suscitent une émotion qui pousse à l’action immédiate, mais si cela remplace une politique à moyen ou à long terme, alors elle fait beaucoup de tort. Le monde humanitaire devrait se questionner : sa manière d’expliquer qu’il a les solutions ne déresponsabilise-t-elle pas les citoyens et l’État ?
Mais c’est tout de même de la solidarité « nationale » ?…
L’État a pour mission de redistribuer ce qu’il collecte par l’impôt au travers des politiques et des dispositifs sociaux. Si une politique sociale dépend du système caritatif, alors ce n’est plus de la solidarité nationale. La « relation de bienfaiteur à obligé » qu’a osé décrire le Père Joseph crée une dépendance du bon vouloir de l’autre qu’on a du mal à imaginer, et finit par durcir l’un comme l’autre. Le bienfaiteur grandit peu à peu en méfiance, l’obligé grandit en haine d’être abaissé, ou devient docile. Or les bénévoles ne veulent pas être généreux en abaissant l’autre.
D’ailleurs les associations distributives ont fini par développer d’autres actions, comme les vacances, des actions culturelles, où il y a de l’échange.
Les travailleurs sociaux sont-ils contraints de recourir aux solutions d’urgence ?
Pour avoir droit aux distributions alimentaires, il faut un avis de son assistante sociale. Le travail social est donc obligé de cautionner ce recours à l’urgence, qui fait maintenant partie intégrante de ses moyens. C’est l’opinion que l’on se fait de la solidarité. Lutter contre la pauvreté, ce n’est pas instituer les distributions. C’est entendre ceux qui ont du mal à vivre nous dire qu’ils préféreraient subvenir par eux-mêmes à leurs propres besoins ; c’est agir avec d’autres pour que tout enfant réussisse à apprendre à l’école, pour que tout jeune ait une formation, pour que toute famille puisse bénéficier d’un logement décent, pour que toute personne puisse bénéficier des mêmes droits – et donc puisse remplir les mêmes devoirs – que tous les autres citoyens. La co-citoyenneté ne se délègue pas, elle dépend de chacun de nous.
C’est l’hiver, les médias reparlent des distributions alimentaires…
On joue sur le registre de l’émotion, c’est très médiatique avant Noël. Toutes les distributions développées depuis 30 ans constituent de fait une formidable régression dans la lutte contre la pauvreté.

« En 1985, Coluche avait lancé sur Europe 1 un appel aux bonnes volontés pour distribuer quelques milliers de repas aux plus démunis. Le 7 décembre, il est donc à Cette Aix-en-Provence. Quand j’arrive, il est en train de servir la soupe à une trentaine de personnes, pour la plupart des hommes vivant dans la rue connus des associations aixoises. Il a un mot gentil pour chacun, un sourire, un clin d’œil. Il n’a pas l’air très à l’aise avec la grosse louche qu’il a en main.
Je me présente – j’étais alors journaliste au Provençal – et il « joue » le Coluche de la scène : « Bonjour Monsieur le journaliste, comment allez-vous ? »
Je lui dis que ça va bien, que j’aime beaucoup son humour, puis j’ajoute : « Bravo pour votre initiative. Elle a partout un accueil favorable… ça marche bien. » Il me répond sur un ton très sérieux : « Hé, arrête. Déconne pas. J’espère que ça va pas durer. »
François Phliponeau

Cette année les restos du cœur organisent leur 30ième campagne…
ET VOUS QU’EN PENSEZ VOUS ?

René le 14 décembre 2014

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