Actions et lutte contre les exclusions

 Parlement européen le 15 octobre 2014
Sylvie Goulard, Députée européenne, Présidente de l’intergroupe « Extrême pauvreté et droits de l’homme
Valdis Dombrovskis, Député européen, Groupe PPE, membre de la commission des budgets, Commissaire-désigné à l’Euro et au Dialogue social,
Veronica Lope-Fontagné, Députée européenne,Vice présidente de l’intergroupe,

Table ronde: Ne laisser personne de côté: les échecs et les succès des 5 dernières années et ce que doivent apporter les 5 prochaines années

Les intervenants pour ATD Quart Monde

Elena Flores, Directrice (DG ECFIN)  collabore avec ATD Quart Monde, Jaime Munoz Perez Délégué pour la région Europe ATD Quart Monde,  René Locqueneux
Militant ATD Quart Monde

René au parlementeuropéen le 15 octobre 2014

 

Elena Flores

Les propositions d’ATD Quart Monde, si elles sont mise en œuvre, seront des contributions essentielles pour le respect valeurs de l’UE.
La situation économique difficile dure déjà depuis quelques années (depuis 2008). La croissance en Europe est très faible. C’est dans ce contexte que les décisions se prennent et que des choix doivent être faits : des décisions budgétaires qui impliquent des réductions de dépenses publiques ; des réformes importantes de nos structures économiques (le marché de l’emploi, les systèmes d’allocations, les types d’impôts, etc.) qui ont comme objectif la croissance économique et la création d’emploi. Dans ces décisions et ces choix, on doit prendre en compte que des politiques qui laissent de côté de plus en plus de personnes ne sont pas soutenables sous aucun point de vue, y compris d’un point de vue économique. On sait par exemple que l’accroissement des inégalités a des effets négatifs sur la croissance.

Il est essentiel que les choix dans le domaine de la politique économique soient sujets à débat dans la société. Et pour cela il faut entendre les expériences et connaissances des différents groupes dans la société. De mon expérience d’économiste et de personne en lien avec des familles qui ont l’expérience de la pauvreté je sais que le dialogue n’est pas facile et que les priorités qui résultent de la réflexion des uns et des autres ne sont pas toujours les mêmes. Mais je pense que ce dialogue est essentiel à la démocratie. Un exemple: nous sommes tous à la recherche de comment sortir de la crise, pour certains d’entre nous l’expérience de la crise est nouvelle, pour beaucoup de familles qui vivent dans la pauvreté ils vivent cette expérience de crise en permanence et ils ont un savoir-faire sur comment y faire face. Un autre exemple : les familles qui ont l’expérience de la pauvreté attachent une importance primordiale a assurer la réussite scolaire pour tous, une école qui prépare vraiment à l’avenir ; nous économistes, nous savons que la connaissance et les compétences sont la clé pour la croissance économique : voilà avec des mots différents, la même priorité et un engagement très fort des familles qui vivent dans la pauvreté pour cela, et qui appelle un engagement aussi fort des politiques.

Beaucoup des propositions du Mouvement ATD Quart Monde vont dans cette direction:
Ici je voudrais attirer l’attention sur les propositions 2, 3, 4, 5 et 6 parmi celles qui sont présentées dans le document de deux pages. Quelques mots sur la proposition 4 (création d’emplois décents) : elle est tout à fait dans la ligne de créer des emplois qui permettent aux personnes de sortir du chômage de longue durée et de rentrer dans le système de travail régulier y compris de contribuer à la sécurité sociale. Sur la proposition 5, un revenu minimum dans tous les pays, cela permet aux personnes d’assumer leurs responsabilités, de passer d’assistés à acteurs, cela donne aussi un socle de demande stable à l’économie.

Comment le Mouvement ATD Quart Monde est-il arrivé à ces propositions?

Ceci est expliqué dans l’encadré du document. En bref, on a mis ensemble les connaissances de personnes avec différentes expériences de vie: personnes vivant la pauvreté et l’exclusion sociale, personnes solidaires avec elles mais qui n’ont pas cette expérience, y compris de personnes ayant des responsabilités au niveau européen. J’ai eu la chance de faire partie de ce travail. Nous avons travaillé ensemble pendant plusieurs mois. Avec une méthode de travail rigoureuse qui a permis à tout le monde de participer pleinement à chaque étape. Les propositions sont le résultat d’un long travail où chacun a identifié ce qui était le plus important. A partir de cela, nous avons cerné petit à petit chaque proposition, que nous avons écrite ensemble. Rien n’a été inclus dans les propositions si tous les participants n’étaient pas d’accord.

J’aurais beaucoup de choses à partager de cette expérience, mais juste quelques-unes:
Les personnes vivant la pauvreté ont une énorme envie de savoir ce que fait l’Europe, comment elle fonctionne, et ils ont aussi des idées assez claires sur ce qu’elles voudraient que l’Europe fasse pour que les choses changent. Elles attendent des choses concrètes des responsables européens, elles ne veulent pas entendre seulement des engagements mais des résultats.
Ce type de travail est exigeant, on doit savoir expliquer et s’assurer qu’on est compris. On doit aussi savoir écouter et s’assurer qu’on a compris quand les personnes s’expliquent avec un langage et à partir d’expériences dont on n’a pas l’habitude. Il faut travailler dans la durée, il faut prendre le temps pour permettre la vraie participation de tous.

Jaime

Je vais essayer de m’appuyer sur le contenu du travail de l’Université Populaire Quart Monde européenne.

Ce qui doit continuer à changer, ce sont nos ambitions démocratiques, nos pratiques démocratiques. Car il y a de la misère, de l’extrême pauvreté et de l’exclusion en Europe. Et il ne peut pas y avoir d’Europe de la démocratie, de la paix ou des droits de l’homme tant que ces réalités existent bel et bien.
Et à ce niveau là, quand les personnes ont commencé à s’exprimer autour de propositions politiques à faire pour une Europe sans exclusion, elles l’ont fait dans le contexte des élections européennes. Mais ces personnes ont dépassé largement ce cadre et elles ont proposé ce qu’elles attendent depuis longtemps : un changement d’optique, l’approfondissement de la pratique de la démocratie en Europe.

1. En finir avec une misère invisible.
La violence de la misère, de l’exclusion et de l’extrême pauvreté existent en Europe, avant, pendant et après la crise. On pourrait même parler de traitements inhumains et dégradants qui, parfois pourraient être assimilés à de la torture. Cette violence d’être contraint de vivre à la rue ou dans des logements insalubres, sans papiers ou dans des conditions légales précaires, d’être sans travail ou exploité dans des travaux au noir… ces réalités sont partagées par de nombreuses populations. Le contenu de ces réalités est passé sous silence, méconnu et rendu invisible. Il y a un grand effort à faire pour mieux connaître, pour mieux faire connaître ces réalités, la portée des violences que les personnes subissent. Il faut continuer à apprendre, à connaître.
Approfondir la démocratie, c’est s’informer, connaître les réalités de l’extrême pauvreté. Devenir une société qui ne reste pas ignorante de ce qu’une partie de ses citoyens est contrainte de vivre.

2. Participation ou penser ensemble pour agir ensemble. Être responsables ensemble.

Ces dernières années, il y a eu sans doute un certain effort pour la construction d’un savoir collectif qui est de plus en plus recherché. Les démarches participatives ont la cote. Souvent, on s’intéresse et on se contente de s’adresser aux personnes vivant dans la pauvreté uniquement pour avoir leurs témoignages. Mais est il plus difficile pour nous de créer des conditions pour aller plus loin, dans l’optique de penser et agir ensemble. Pendant les travaux de l’Université Populaire Quart Monde européenne une femme s’exprimait ainsi : « nous ne sommes que très rarement sollicités pour chercher des solutions. Lorsque nous le sommes, c’est généralement pour nous demander des témoignages et non pour construire ensemble. Alors, le plus souvent, les solutions proposées se retournent contre nous ou cachent les vrais problèmes. »
Il y a une invitation profonde à changer notre pratique d’analyse et d’action. Démocratiser nos pratiques veut dire aussi trouver les espaces et les conditions pour se faire responsables ensemble avec les personnes qui ont une expérience directe de la pauvreté. Développer ensemble des analyses, des actions et des évaluations des initiatives prises, à tous les niveaux.

René Locqueneux

Depuis 1989, tous les deux ans il y a une Université Populaire Quart Monde Européenne et ça ne changeait pas forcément les choses dans la vie des personnes en difficulté.
Nous avons pensé qu’il fallait faire des propositions qui soient recevables et qui puissent avoir un impact sur les politiques européennes, il fallait connaître ces politiques, et connaître et comprendre les personnes qui travaillent à Bruxelles sur ces politiques. Il fallait croiser nos expériences entre des personnes qui connaissent la pauvreté et des personnes en lien avec les institutions européennes. Nous avons donc créé un groupe pour préparer l’Université populaire et faire des propositions à l’occasion des élections européennes.
La richesse du mouvement ATD Quart Monde c’est que l’on peut rencontrer des personnes de différents milieux. Comme disait l’une d’entre nous à un fonctionnaire « On se croiserait dans la rue, on ne se dirait pas bonjour ! Ici on réfléchit ensemble et vous employez des mots simples. »
Quand un mot n’était pas compris, l’animatrice du groupe demandait à la personne qui l’employait de l’expliquer.
Moi je suis militant et fait partie d’un groupe local ATD Quart Monde de Sambre-Avesnois dans le Nord de la France. Ce groupe a réfléchi «  sur l’inclusion active » . Un compte rendu a été rédigé et présenté à Bruxelles au groupe de réflexion.
Tous les membres du groupe ont été acteurs dans l’écriture des propositions car toutes les paroles étaient enregistrées et décryptées afin de retenir ce qui était le plus important. Le groupe de professionnels (les fonctionnaires, syndicalistes ou universitaires) nous ont expliqué le fonctionnement des institutions européennes, mais aussi les textes européens comme la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ou la Charte sociale européenne.
Ce travail a duré plusieurs mois : un travail très fatiguant où nous avons surpassé la fatigue par les échanges très intéressants et constructifs.
Ce qui nous motive, c’est que, en tant qu’acteur de la lutte contre la pauvreté, nous voulons apporter nos idées et faire des propositions à l’Europe.
La deuxième chose, c’est que aujourd’hui, nous voulons faire connaître nos propositions et qu’elles soient mises en œuvre en ne laissant personne de côté. Nous pensons qu’avec l’objectif chiffré que s’est fixé l’Union européenne de diminuer  de 20 millions le nombre de pauvres d’ici 2020, il y a le risque d’un écrémage en allant vers les moins fragiles et de ne pas atteindre les plus exclus.
Pour moi ces 14 propositions sont importantes, mais celle que je veux mettre en priorité c’est sur la jeunesse.
Pour terminer, nous voulons aussi que la parole soit donnée aux sans voix, nous en avons assez d’être traité d’assistés, nous avons un savoir, une pensée. Croisons nos savoirs pour construire une Europe où tous les citoyens auront leur place.

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Commentaires sur: "« Ne laisser personne de côté » Table ronde au parlement européen le 15 octobre 2014" (3)

  1. Pour une présentation complète, voir : http://www.atd-quartmonde.org/Penser-et-batir-ensemble-une,3738.html
    Et à Turin, où il a été fait référence à cette réunion : http://www.atd-quartmonde.org/La-Charte-sociale-europeenne-au.html

  2. upatdmaubeuge a dit:

    La démocratie c’est un travail de longue haleine,vous expliquez très bien la nécessité d’aller plus loin en intégrant les plus pauvres à la réflexion et pas seulement en obtenant leur témoignage.
    Une petite remarque toutefois, Elena Flores a dit : « On sait par exemple que l’accroissement des inégalités a des effets négatifs sur la croissance. » La notion de croissance est à interroger également, j’aime l’idée d’une sobriété heureuse et je ne pense pas qu’il faille aller vers toujours plus de croissance.
    Croissance de quoi ? du toujours plus ? Toujours plus vite ? Avoir le plus de profit ?
    Michèle

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