Actions et lutte contre les exclusions

Une humiliation de plus …

Dans un premier temps , je me suis dit que la meilleure réponse , c’était le silence dédaigneux. Le président, son ex-compagne et surtout tous ceux qui ont édité , relaté, et saisi la bonne occasion de faire du profit… ne méritaient que l’ignorance.

Et puis j’ai ressenti la douleur et la colère de Thérèse-Marie qui découvrait l’article dans le journal, celles de René à la réunion mensuelle du groupe qui voulait réagir. Jusqu’à ce que je lise le billet de Jean-Christophe Sarot sur son blog , « qui n’engage que lui », comme il le précise, mais qui traduit tellement bien ce que j’avais envie d’écrire.

Avec son accord, je vous le livre. Merci Jean-Christophe.

Michèle C.

Trierweiler, Hollande et les « sans dents » : on ne peut lutter contre la misère sans les pauvres

À la limite, peu importe ce que dit l’un et ce que rapporte l’autre, le résultat est le même : les plus précaires et les plus pauvres ont une fois de plus le sentiment d’être abandonnés par la société. Voir dans les pauvres des « sans dents » ou des chômeurs qui ne cherchent pas assez ardemment un emploi alors qu’il n’y en a pas (d’emploi), c’est les humilier profondément. Moi, je vois en eux des gens courageux, pas tout blancs ni sans aucun défauts, bien sûr, mais des personnes qui « cherchent en vain un avenir en ce monde insensé »(1). Cette semaine, un ami qui dort depuis plusieurs mois dans sa voiture tellement sa petite maison est en mauvais état me disait : « Je ne sais pas comment je tiens le coup ». Je ne sais pas non plus.

J’ai été heureux d’entendre hier François Hollande déclarer que le service des plus pauvres était sa raison d’être. Mais cela ne suffit pas. L’égalité de tous, la participation de tous à la vie commune et l’accès de tous aux mêmes droits sont inscrits dans de multiples textes, lois, décrets, circulaires, etc. Ils sont souhaités par de nombreux élus, professionnels et citoyens. Mais ils ont du mal à se traduire concrètement au quotidien dans les quartiers, les écoles, les entreprises, les associations.
Au contraire, de plus en plus de citoyens n’ont pas accès aux droits fondamentaux (y compris celui d’être respecté), sont rejetés dans une inutilité forcée, se replient sur eux-mêmes et ne voient plus d’avenir « en ce monde insensé ».

Pourquoi n’arrive-t-on pas à transformer ces belles intentions en actes ? Parce que redonner aux plus pauvres et précaires une juste place ne signifie pas seulement remplir leur estomac, leur offrir un toit et un emploi d’insertion(2), ni même les asseoir autour d’une table et leur poser des questions. Cela signifie les associer à la réflexion, à l’action, à l’évaluation des projets et des politiques. Leur permettre de répondre aux questions, mais aussi de poser les leurs. Prendre le temps et les moyens de recréer des liens de confiance avec ceux que l’on n’a jamais écoutés et qui ont souvent perdu estime de soi et confiance en soi et dans les autres.
Prendre le temps et ces moyens de connaître et de comprendre, c’est là où se situe le véritable effort à faire(3). Et c’est là que, excepté dans quelques communes, entreprises et associations qui ont vraiment à coeur la participation de tous, personne ne juge « rentable » d’investir du temps et des moyens.

L’expérience d’ATD Quart Monde et de ces autres associations, communes et entreprises est au contraire que cela est plus que rentable. Humainement bien sûr, mais aussi économiquement.
Humainement : à combien chiffrez-vous le fait de permettre à un père ou une mère de famille de retrouver une estime de soi, de redevenir la fierté de ses enfants, de parler à nouveau à égalité avec ses voisins, les professeurs de ses enfants, etc. ?(4) Pour moi, cela n’a pas de prix.
couv-ideesfausses2015-bonnedef_200Économiquement : combien de dizaines de milliards coûtent chaque année en France l’échec scolaire, le mal-logement, le chômage de longue durée, les renoncements aux soins… ? Tous ces gâchis pourraient-ils être réduits ou même évités ?… Un petit livre, En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, ressort début octobre dans une édition mise à jour et enrichie et tente de répondre à plusieurs de ces questions en même temps qu’il essaie de démonter les préjugés les plus répandus sur les personnes en situation de précarité ou de pauvreté. La première édition s’est vendue à plus de 35 000 exemplaires l’an dernier, signe que les Français cherchent des réponses.

Un prochain billet de ce blog donnera des exemples concrets de ce que peut apporter une concertation réelle avec les personnes en pauvreté et en précarité dans le domaine de l’école, de l’entreprise et de la formation.

(1) Extrait du texte « Je témoigne de vous » écrit en 1987 par Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde.
(2) Pour le montant du Pacte de responsabilité, on supprimerait d’un coup la pauvreté économique en France. Voir la démonstration dans un très prochain billet de ce blog.
(3) Lire par exemple cet article : « Connaître, comprendre et agir »
(4) Je me souviens du témoignage de Madeleine, une salariée de l’entreprise « Travailler et Apprendre Ensemble » d’ATD Quart Monde à Madagascar, qui parlait du changement provoqué par son embauche : « Rien que le fait de me voir me préparer pour aller au travail est une joie pour mes enfants. Cela me donne du courage pour tout mon travail. Nous respirons un vent nouveau, sans honte, sans peur. Nous osons affronter la vie avec confiance. »

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