Actions et lutte contre les exclusions

Archives de septembre, 2014

Au cours de ces dernières semaines…

Que ce soit lors du festival des Savoirs et des Arts, en juillet à Valenciennes ou lors de notre auberge espagnole à Ferrière – La – Grande en août ou encore, lors de notre préparation de la journée du 17 octobre à Somain, j’ai éprouvé une grande joie!

                CONSTRUIRE, JOUER, PARLER, RIRE, CHANTER, MANGER, BOIRE => VIVRE ENSEMBLE en prenant du plaisir à partager idées et savoir-faire.
J’ai parfaitement conscience que faire partie d’ATD ne se résume pas qu’à cela et que je dois persévérer dans les autres axes fondamentaux du mouvement… cependant, ces précieux instants conviviaux sont tels une lueur d’espérance dans l’amélioration des conditions de vie de chacun.

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Je n’ai plus de dents …

J’ai été choqué quand j’ai entendu que le président de la république disait des pauvres  » les sans dents ».

Je m’explique :

En 1984 je suis licencié et il me manque quelques dents.

De 1984 à 1988, petits boulots, formation, recherche d’emploi, j’apprends que mon nom est marqué en rouge à l’ASSEDIC. A cette période l’ASSEDIC   m’aide pour avoir un dentier.

En 1988, suite à une formation de peintre et à un entretien d’embauche je suis embauché dans une entreprise de peinture à Fontainebleau. Au début je loge à l’hôtel et ensuite la famille me rejoint. Je loue mon ancienne maison dont le remboursement de prêt est de 770Frs. Le loyer à Fontainebleau est de 3700Frs. J’ai 3 enfants, ma femme est obligée de travailler. Mon appareil avec ses crochets abime mes dents, donc je vais chez le dentiste qui me les arrache. La pause d’un appareil coûte 1500Frs, je ne peux pas me le permettre! Depuis tout ce temps je n’ai plus  de dents.

J’ai connu des moments difficiles dans ma vie : chômage, dossier de surendettement, je m’en suis sorti. Je suis militant à ATD Quart Monde. J’accompagne des familles pour faire des démarches et leur permettre d’accéder à leurs droits. Mon épouse et moi nous sommes  à   la retraite et je paie mes impôts .

Monsieur le Président,  attention à vos paroles qui font mal.

R.L

Une humiliation de plus …

Dans un premier temps , je me suis dit que la meilleure réponse , c’était le silence dédaigneux. Le président, son ex-compagne et surtout tous ceux qui ont édité , relaté, et saisi la bonne occasion de faire du profit… ne méritaient que l’ignorance.

Et puis j’ai ressenti la douleur et la colère de Thérèse-Marie qui découvrait l’article dans le journal, celles de René à la réunion mensuelle du groupe qui voulait réagir. Jusqu’à ce que je lise le billet de Jean-Christophe Sarot sur son blog , « qui n’engage que lui », comme il le précise, mais qui traduit tellement bien ce que j’avais envie d’écrire.

Avec son accord, je vous le livre. Merci Jean-Christophe.

Michèle C.

Trierweiler, Hollande et les « sans dents » : on ne peut lutter contre la misère sans les pauvres

À la limite, peu importe ce que dit l’un et ce que rapporte l’autre, le résultat est le même : les plus précaires et les plus pauvres ont une fois de plus le sentiment d’être abandonnés par la société. Voir dans les pauvres des « sans dents » ou des chômeurs qui ne cherchent pas assez ardemment un emploi alors qu’il n’y en a pas (d’emploi), c’est les humilier profondément. Moi, je vois en eux des gens courageux, pas tout blancs ni sans aucun défauts, bien sûr, mais des personnes qui « cherchent en vain un avenir en ce monde insensé »(1). Cette semaine, un ami qui dort depuis plusieurs mois dans sa voiture tellement sa petite maison est en mauvais état me disait : « Je ne sais pas comment je tiens le coup ». Je ne sais pas non plus.

J’ai été heureux d’entendre hier François Hollande déclarer que le service des plus pauvres était sa raison d’être. Mais cela ne suffit pas. L’égalité de tous, la participation de tous à la vie commune et l’accès de tous aux mêmes droits sont inscrits dans de multiples textes, lois, décrets, circulaires, etc. Ils sont souhaités par de nombreux élus, professionnels et citoyens. Mais ils ont du mal à se traduire concrètement au quotidien dans les quartiers, les écoles, les entreprises, les associations.
Au contraire, de plus en plus de citoyens n’ont pas accès aux droits fondamentaux (y compris celui d’être respecté), sont rejetés dans une inutilité forcée, se replient sur eux-mêmes et ne voient plus d’avenir « en ce monde insensé ».

Pourquoi n’arrive-t-on pas à transformer ces belles intentions en actes ? Parce que redonner aux plus pauvres et précaires une juste place ne signifie pas seulement remplir leur estomac, leur offrir un toit et un emploi d’insertion(2), ni même les asseoir autour d’une table et leur poser des questions. Cela signifie les associer à la réflexion, à l’action, à l’évaluation des projets et des politiques. Leur permettre de répondre aux questions, mais aussi de poser les leurs. Prendre le temps et les moyens de recréer des liens de confiance avec ceux que l’on n’a jamais écoutés et qui ont souvent perdu estime de soi et confiance en soi et dans les autres.
Prendre le temps et ces moyens de connaître et de comprendre, c’est là où se situe le véritable effort à faire(3). Et c’est là que, excepté dans quelques communes, entreprises et associations qui ont vraiment à coeur la participation de tous, personne ne juge « rentable » d’investir du temps et des moyens.

L’expérience d’ATD Quart Monde et de ces autres associations, communes et entreprises est au contraire que cela est plus que rentable. Humainement bien sûr, mais aussi économiquement.
Humainement : à combien chiffrez-vous le fait de permettre à un père ou une mère de famille de retrouver une estime de soi, de redevenir la fierté de ses enfants, de parler à nouveau à égalité avec ses voisins, les professeurs de ses enfants, etc. ?(4) Pour moi, cela n’a pas de prix.
couv-ideesfausses2015-bonnedef_200Économiquement : combien de dizaines de milliards coûtent chaque année en France l’échec scolaire, le mal-logement, le chômage de longue durée, les renoncements aux soins… ? Tous ces gâchis pourraient-ils être réduits ou même évités ?… Un petit livre, En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, ressort début octobre dans une édition mise à jour et enrichie et tente de répondre à plusieurs de ces questions en même temps qu’il essaie de démonter les préjugés les plus répandus sur les personnes en situation de précarité ou de pauvreté. La première édition s’est vendue à plus de 35 000 exemplaires l’an dernier, signe que les Français cherchent des réponses.

Un prochain billet de ce blog donnera des exemples concrets de ce que peut apporter une concertation réelle avec les personnes en pauvreté et en précarité dans le domaine de l’école, de l’entreprise et de la formation.

(1) Extrait du texte « Je témoigne de vous » écrit en 1987 par Joseph Wresinski, fondateur du mouvement ATD Quart Monde.
(2) Pour le montant du Pacte de responsabilité, on supprimerait d’un coup la pauvreté économique en France. Voir la démonstration dans un très prochain billet de ce blog.
(3) Lire par exemple cet article : « Connaître, comprendre et agir »
(4) Je me souviens du témoignage de Madeleine, une salariée de l’entreprise « Travailler et Apprendre Ensemble » d’ATD Quart Monde à Madagascar, qui parlait du changement provoqué par son embauche : « Rien que le fait de me voir me préparer pour aller au travail est une joie pour mes enfants. Cela me donne du courage pour tout mon travail. Nous respirons un vent nouveau, sans honte, sans peur. Nous osons affronter la vie avec confiance. »

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