Actions et lutte contre les exclusions

Archives de avril, 2014

Un héros ordinaire …

7h58 le 27 mars 2014, le TER Maubeuge-Lille démarre.

A peine installée à l’étage supérieur, des cris aigus, étranges, fusent de l’étage inférieur.
Je m’interroge, s’agit-il d’un « malade mental » ?
Un passager se lève aussitôt et s’approche de l’escalier en hurlant : « Qui est-ce qui gueule ? Arrête de te foutre du monde… » Il s’en suit un bref échange avec un jeune du bas, je distingue quelques mots, « descend » … une invitation à la bagarre, et l’on sent l’homme prêt à en découdre. Aussitôt, un jeune homme assis sur la banquette située juste devant la mienne, se lève calmement.
Sans dire un mot, il fait obstacle de son corps pour empêcher le passager très énervé et agressif de descendre. Ce dernier finit par retourner à sa place en maugréant.
Les choses rentrent dans l’ordre jusqu’au premier arrêt du train, dix minutes après le départ.
Le jeune homme qui criait interpelle l’homme agressif et le somme de descendre sur le quai. Celui-ci se lève à son tour, très excité . De nouveau le jeune homme calme s’interpose. Le train reprend sa route et chacun rejoint sa place, celui qui criait étant descendu à cet arrêt. Le jeune homme « pacifique » n’a pas dit un mot et toujours aussi calmement il s’est de nouveau assis sur son siège.
Pour le décrire je dirai : « Un homme jeune, au teint basané , sans doute d’origine étrangère, vêtu de façon à la fois moderne et sobre, une corpulence svelte mais pas baraqué, les oreillettes de son MP3 branchées. Un type ordinaire ! »
Vraiment interpellée par son courage, je m’assoie un court instant à ses côtés, lui demandant s’il connait le jeune qui criait ou l’homme agressif. « Non ! ». Je le félicite pour son courage de s’être interposé au risque de se prendre un mauvais coup. « C’est normal » répond-il.
Fin de notre échange.
Je l’ai vu descendre à l’arrêt suivant et rejoindre d’autres jeunes, des étudiants sans doute.

         « Un héros ordinaire, artisan de paix, complètement anonyme, chapeau ! »

Au moment où j’écris ce texte, il résonne d’autant plus que l’actualité récente évoque une jeune agressée dans le métro sans que personne ne bouge.

                                                                                                                                                  Michèle C, le 28 avril 2014

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PENSER ET BATIR ENSEMBLE UNE EUROPE SANS PAUVRETE ET EXCLUSION. PROPOSITIONS DU MOUVEMENT ATD QUART MONDE

Au moment où de nombreux citoyens mettent l’Europe en question, des personnes vivant la pauvreté et l’exclusion sociale se sont réunies pendant plusieurs mois avec des personnes solidaires, certaines ayant des responsabilités au niveau européen. Elles ont cherché à comprendre ce que fait l’Europe pour que la vie change pour les plus démunis et ont apporté leurs réflexions à partir de leur expérience de vie. Elles se sont préparées à venir dialoguer avec des fonctionnaires et députés européens. Cette rencontre, l’Université Populaire Quart Monde européenne, rassemblant dix sept délégations venues de dix pays, a eu lieu le 5 mars 2014, au Parlement européen à Bruxelles avec le soutien de l’intergroupe parlementaire « Extrême pauvreté et droits de l’homme ». Elle a permis de construire un pont entre des personnes qui habituellement ne se rencontrent pas. Elles ont pu réfléchir ensemble et bâtir des propositions visant à ce que l’éradication de l’extrême pauvreté, et la lutte contre les inégalités, soient au cœur du projet européen.

ALORS qu’un mandat de 5 ans de la Commission et du Parlement européen va débuter, quel constat remonte des personnes les plus en difficultés? < Les états  européens ont échoué avec les familles les plus pauvres> C’est ce que confirment plusieurs personnes , comme Clara, en  Espagne, dont la maison  a été démolie  l’an dernier, et qui vit désormais avec sa famille dans un camion.   Pourtant l’Union européenne dans sa  stratégie 2020 a défini des objectifs de lutte contre la pauvreté, et adopté des recommandations.

L’extrême pauvreté persiste, comme ci cette population était en trop et ne comptait pour rien. Ce gaspillage humain d’une grande violence pour ceux qui l’endure constitue une violation flagrante des droits de l’homme.
« Vivre dans la pauvreté et dans l’extrême pauvreté est non seulement un traitement inhumain mais aussi dégradant et qui pourrait même, à un moment donné, être qualifié de torture. C’est la dignité humaine qui est en jeu. »
Françoise Tulkens, ancienne juge et vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme.

En Europe, de nombreuses personnes et familles sont privées de leurs moyens d’existence, expulsées de leur logement, contraintes de vivre des situations où elles sont criminalisées et pénalisées. Les valeurs de paix, de respect de la dignité humaine et des droits de l’homme, au cœur même du projet européen et des constitutions
de nombreux États membres, sont bafouées.
La grande pauvreté n’est pas que manque de revenu mais aussi difficulté d’accès aux droits fondamentaux indivisibles et interdépendants.
Les réponses d’urgence (distributions alimentaires,hébergement, etc.) ne sont pas une solution. La logique économique et financière dominante au plan mondial repose sur un usage des ressources de la planète qui n’est plus viable et ne cesse de produire de l’exclusion sociale et d’aggraver la pauvreté en Europe.
Face à ces constats, nous, personnes engagées contre  la grande pauvreté, voulons penser et bâtir une autre Europe dans laquelle chacun vivra dans la dignité, en harmonie avec les autres et avec l’environnement. Nous voulons contribuer à développer une économie au service de tous, qui ne gaspille ni l’intelligence et le savoir-faire des personnes, ni les ressources limitées de la planète. Nous voulons remettre l’être humain et les droits de l’homme au coeur de la construction européenne.
La majorité des citations de ce document ont pour auteurs des personnes en situation de pauvreté et sont extraites des travaux préparatoires et des dialogues de l’Université Populaire Quart Monde européenne 2014.
«Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. Cette publication n’engage que son auteur, et la Commission n’est pas responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations.»

PROPOSITIONS A L’UNION EUROPÉENNE ET AUX ÉTATS MEMBRE

http://www.atd-quartmonde.org

Journée du 29 mars sur le mouvement dans le monde

Le  29  mars a eu lieu à la maison A.T.D QUART MONDE  une rencontre  du mouvement dans le monde !

Etaient représentés , volontaires et alliés !

MBOLA  du   BURKINA FASO  est  issue  d »une famille très  pauvre.  Jeune, elle participait aux bibliothèques de rue.  Devenue adolescente, elle a voulu rentrer à ATD quart monde comme volontaire. Impossible, il  fallait qu’elle finisse ses études ! Enfin   à 22 ans ,  elle a  pu rejoindre le mouvement !

Arséne de Madagascar,  allié, donnait des cours  de malgache aux volontaires et de français aux malgaches !

Dimas  est né au Guatemala, ses parents sont volontaires !  Dimas  préparait  les universités populaires  dans les familles.

Ce que je retiens de cette  matinée enrichissante et  intéressante, c’est que le mouvement se développe dans le monde comme le père Joseph l’aurait souhaité.

L’après midi, nous avons continué à voyager en musique grâce au concert du quatuor ‘Opus 333.

Avec leur saxhorn, les 4 jeunes musiciens de grande renommée nous ont enchantés.

Dominique B. le 16 avril 2014

a gauche Arsène, au centre les musiciens du quatuor, à droite Mbola

à gauche Arsène, au centre les musiciens du quatuor, à droite Mbola

Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !

 » Il fait parfois trop froid, il fait parfois trop chaud… Le voisin m’horripile avec sa perceuse électrique. Y a des ennuis, tout ça. Mais la vie va, je l’aime. Même en réveil bougon, avec l’humeur de chien je n’ai pas de temps à perdre pour détester les autres. En plus ça doit être épuisant,et je suis paresseux.
Je ne suis pas raciste parce que …c’est fatigant !
J’aime les jolis soirs de printemps, quand on est là, sans plus, avec juste la présence, la présence au monde tandis que des nuages roses indiquent que le jour s’achève… Les autres sont des uns et moi, j’en suis un autre !
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !
Refuser l’autre, ça me saloperait le vent léger du printemps et les oiseaux qui chantent comme des andouilles vu qu’ils ne savent faire que ça. Et le sourire des femmes qu’on voit passer, ou pas. Et les enfants qui se marrent. Et la fumée de ma pipe, si tendre et si moelleuse. Ca foutrait ça en l’air, connement, bassement.
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !
Il y a déjà des fleurs;j’aime les coquelicots. j’ai connu une femme, c’était un vrai chameau! Mais je ne regrette pas puisque j’ai vécu. Un vieil homme tranquille passe là, sur la route, pédalant sans emphase sur un joli vélo. Pourquoi perdre son temps à mépriser les gens ?
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !
En fait, je ne pense qu’à moi, je suis égoïste, j’aime bien vieillir, en arbre d’automne. Et je vois la vie opportune et sympa. Et j’ai acheté des haricots au marché: j’ai aussi du persil. Et du beau beurre couleur de paille; Et puis des fruits qui viennent d’ailleurs, de chez des gens qui parlent autrement que moi ! Quelle joie !
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !
Et c’est bien parce que je suis égoïste que je préfère aimer les autres: on se sent mieux, ça va. on n’est pas là, ringard, mesquin,à se torturer le foie et vingt-cinq autres entrailles en se disant répétitivement « les autres, c’est rien que du caca »: on vit, tout simplement sans s’encombrer de ça.
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant !
Parfois, je me sens bien avec un gentil frisson, comme le vin blanc un peu trop aigre, bien frais, pas forcément très bon mais qu’on aime quand même parce que ça secoue. Alors on a envie de sourire à celui qui est là, quelle que soit son parler, quelle que soit sa couleur !
Je ne suis pas raciste parce que c’est fatigant ! Je ne suis pas raciste parce que j’aime la vie! »

Orlando de Rudder

Cet article a fait débat entre nous,  certains l’aiment , d’autres pas. N’hésitez  pas à  réagir !

L’équipe A.T.D. QUART MONDE  Sambre Avesnois

 

mon expérience avec les roms

Michèle, Luminata et Bernadette lors de la confection du repas au centre social

Michèle, Luminata et Bernadette lors de la confection du repas au centre social

Je les ai rencontrés à l’hôtel de Louvroil. Tout de suite ils m’ont dit bonjour.

J’ai été choquée de les voir tous dans la même chambre que les parents.

Avec Caroline ça s’est bien passé,  nous avons discuté un moment et je l’ai trouvée très sympathique

et avec les autres aussi.

Ils sont venus faire de la soupe chez moi et ça m’a étonné quand elle a donné le sein devant mes garçons.

Puis je me suis habituée  et j’ai fait la cuisine avec eux au Rail-Attac et ça s’est bien passé.

Quand ils sont partis j’ai été un peu triste et j’aimerais bien les revoir surtout Caroline.

Michele R

 

 

 

3 mois de proximité avec 3 familles roms hébergées à Louvroil

Retour sur 3 mois passés avec nos amis « les Roms de Louvroil », hébergées à l’hôtel  de janvier à mars 2014 :
-D’abord, nous avons rencontré des personnes en grande difficultés sociales, marquées par le rejet perpétuel, en errance depuis des années et en souffrance. Mais, nous avons rencontré des personnes, avant de rencontrer des Roms.
-Dans les échanges que nous avons eu avec eux, nous avons écouté leurs histoires faites d’exclusions, de mise à l’écart, de rejets, d’abord en Roumanie où ils sont sans droits (ou presque), puis en France, où le même rejet les a poursuivi, sans doute pas avec les mêmes mots (et c’est à voir !), mais avec la même violence (cf. le repas à la chapelle du Calvaire à Hautmont).
Nous avons appris et entendu leurs désirs d’être reconnus, respectés, leur désir d’avoir un travail, d’être quelqu’un, leurs désirs de vivre normalement, de pouvoir se poser pour construire quelque chose de stable. Nous avons entendu aussi leurs envies de nous rencontrer, de parler, de partager leurs difficultés, leurs espoirs, leurs joies, leurs peines.
Bref ! Nous avons rencontré des personnes ; nous étions là pour les accueillir, ce sont eux qui nous ont accueillis ; nous avons découvert que la différence de culture, quelquefois marquée et forte, n’empêche pas les liens de se créer, n’empêche pas de s’attacher, n’empêche pas l’amitié de naître en réciprocité.
-Nous savions, mais nous avons touché du doigt la place des pauvres dans nos sociétés : la queue aux restos du cœur, la manque de tout, la dépendance à ceux qui ont, qui donnent, la difficulté d’accès aux soins, à se nourrir, mais aussi l’aspiration à la dignité.
-Nous n’avons pas réussi à mobiliser les élus, encore moins la population. Mais comment mobiliser des gens qui se bouchent les yeux, qui ne veulent pas voir, qui ont des à priori, qui véhiculent quelquefois la haine de l’autre différent ?
Pour les élus, la période électorale n’a pas facilité les choses : peut-être pourrions-nous les inviter à passer un moment avec nous pour que nous leur disions ce que nous avons vécu pendant ces 3 mois, et passer les photos prises ; simplement cela, dans le seul but de les interroger ?
Pour la population, nous sommes convaincus que les a priori ne tombent pas d’un coup de baguette magique.  Ce qui peut aider à les faire tomber, c’est de demander aux élus politiques d’avoir le courage d’aller à contre courant, de ne pas brosser la population dans le sens du poil, bref, de mettre en avant ce qui peut enrichir plutôt que ce qui peut diviser.
-Nous avons essayé d’accompagner : accompagner, c’est aider à faire, à devenir autonome, à se passer de nous. Mais les conditions, la courte période (3 mois, c’est peu), l’urgence dans beaucoup de domaines ont peu laissé de place à l’autonomie. Accompagner, c’est aussi écouter, être présents, rassurer, donner le moral, prendre la main : nous trouvons que cela n’a pas mal réussi !
Les limites de l’accompagnement, elles se font jour au moment où les décisions ne nous appartiennent plus, mais dépendent de la bonne volonté (où de la mauvaise !) d’autres personnes, groupes, … Les limites de l’accompagnement, on les trouve aussi quand les engagements des uns et des autres ne sont pas respectés (AFEJI, élus, préfet…).
-Quant à nos propres limites, à chacun(e) de les fixer ; ce qui est certain, c’est que rencontrer et découvrir l’autre ouvre un chemin dont on ne voit pas le bout et qui nous engage toujours plus avant. Il faut alors retrouver l’essentiel, prendre du recul, faire le point. Accompagner n’est pas envahir, ni être envahi. Mais c’est sur que plus on rencontre, plus il faut marquer les limites.
-Les questions que ça nous pose : quelle place dans notre société pour la différence (de culture, de religion, de manière de vivre…) ? Comment convaincre que la rencontre est source de richesse qui transforme les mentalités ? Comment combattre l’intolérance, le refus de la dignité de l’autre, la haine, le mépris… ? Comment faire entendre aux politiques que leur frilosité, leur volonté de ne pas afficher leurs convictions, non seulement les dessert, mais renforce l’intolérance et le rejet que véhiculent les extrêmes ? Comment faire entendre que c’est d’abord l’homme qui doit être premier, sa dignité, avant toute autre considération ? Comment convaincre les personnes de rejoindre ces convictions ?

Nous avons vécu des moments très forts avec Stan, Luminata, Secret, Caroline, Maria, Cirisel, Maria, Edessa, Loucas. Si c’était à refaire, nous le referions sans hésiter. Même si les relations nécessitent parfois de s’opposer, de dire non, de râler, de remettre à leur place, ce que nous avons vécu est irremplaçable. On est peut-être crevés, mais surtout, on est heureux ; on ne peut les oublier.
Nous poursuivons les liens par téléphone avec eux et avec ceux qui les accompagnent actuellement.
Et pour Carolina, nous irons la voir à Cambrai un de ces jours (et des personnes de Cambrai que nous connaissons pensent aller la voir).

Brigitte et Jean-Marie Rausenberger – 04/04/2014

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